ODYSSÉE N°1
Que faites-vous dans ce monde ?
AVEC
Remerciements particuliers à Sarah Alami
» Je voulais que ces enfants comprennent et ressentent le chemin à prendre pour raconter une histoire qui leur est propre. J’ai commencé par leur raconter mon Odyssée. «
Cela en cherchant et enregistrant des sons, en se servant de tout ce que nous trouvions : des récits (les leurs ou ceux de leur entourage, de leur famille), des sons trouvés sur internet, des sons de violoncelle…
Ensuite nous avons commencé à travailler cette matière.
Je voulais les sensibiliser à l’écriture sonore. Aussi bien aux sons de nature, qu’aux bruits de la ville, aux sons d’instruments… Je voulais qu’ils apprennent à malaxer cette matière pour les conduire jusqu’à un récit dont ils seraient l’auteur. Je pense que cela a pu leur apporter une notion importante : celle de ne pas subir mais de se servir de ce qui les entoure pour s’exprimer.
Ils ont ainsi développé des notions de forme, de montage, de sensibilité à l’écoute. Et aussi, commencé à ressentir à quel point il est intéressant de mélanger plusieurs disciplines.
En bref, je voulais que leur imaginaire s’ouvre avec curiosité.
Ensemble, semaine après semaine, nous avons imaginé les sons de nos rêves que nous avons cachés dans le reflux des vagues, nous avons scandé nos colères qui scanderont à leur tour celles de mon violoncelle, nous avons chanté dans bien des langues, accompagnés des chants anciens.
Abdel-Nasser, Charlotte, Elisa, Emma, Fatma, Ghislaine, Khadijah et Youssouf sont venus habiter mon Odyssée, c’est devenu la leur.”qui a pu se réaliser : proposer à Aharon Appelfeld de transformer la 3ème aventure de mon Odyssée, le Récit, en un duo pour sa voix et mon violoncelle.
La bande-son diffuse un son lancinant, comme venu de loin, le murmure d’une ville endormie.
Mon violoncelle prend la parole, d’un son grave et rauque, il déroule une phrase lentement, jusqu’à une première coupure gutturale, qui laisse l’auditeur en suspens. Le murmure continue en attente.
C’est la voix d’Aharon Appelfeld qui poursuit. Lente, rauque elle aussi, douce, elle raconte.
C’est L’Histoire d’une vie, son roman dont il lit des extraits.
Plus le dialogue avance, plus on sent les accents du violoncelle se rapprocher de son hébreu, de son timbre, de son intonation. Jusqu’à ce que les deux se confondent. Imperceptiblement, comme dans un rêve, leurs musiques se rejoignent.”